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Département des Affaires Commerciales de l’Ambassade d’Israël

Paris, France

Israël, retour sur la naissance et l’expansion d’une start-up nation

מאת Beny Shlevich from Tel Aviv, Israel - Alma Mater, CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=35401638

Le Technion – Institut de technologie d’Israël. crédit: Beny Shlevich from Tel Aviv, Israel – Alma Mater, CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=35401638

Ce reportage de Emmanuelle Ducros  a été publié dans l’Opinion, le 16 mai 2017.

En vingt-cinq ans, Israël s’est imposé comme la Terre promise des start-up, un chœur bien réglé entre l’armée, l’université et les grandes sociétés étrangères, orchestré par un État qui donne le tempo. REPORTAGE

Son père fut l’homme d’État que l’on sait. Chemi Peres, fils de Shimon, construit son pays à sa façon. Il fut, en 1993, le cofondateur du fonds d’investissement Pitango. Avec 1,8 milliard de dollars sous gestion et des participations dans 210 entreprises israéliennes, ce dernier dispose d’une vue imprenable sur la nouvelle économie israélienne. Et quel paysage ! 13 000 entreprises technologiques, 6 000 au stade de start-up qui bénéficient 6 milliards de dollars de financements par an.

Ni plus ni moins qu’une « seconde Silicon Valley », selon Chemi Peres. « Nous sommes un petit pays, sans ressources naturelles. Il nous a, dès le début, fallu innover pour irriguer nos cultures. Innover militairement dans un environnement hostile. Nous avons aussi dû penser plus loin que nos frontières, parce qu’un pays de 8 millions d’habitants, isolé, ne constitue pas un marché. » Aujourd’hui, Israël fait figure de modèle pour la création d’un écosystème high-tech à partir de rien. Celui-ci génère la moitié des exportations du pays et emploie 10 % des actifs. « Cela a commencé dans les années 1980, alors que l’économie était exsangue. Désormais, on se bouscule pour visiter nos accélérateurs et comprendre quelles sont les composantes de notre start-up nation », résume Chemi Peres. Celle-ci découle du chœur bien réglé de l’armée, de l’université et des grandes sociétés étrangères, orchestré par un État qui donne le tempo.

Sous l’aile de l’armée. Un jeudi matin, à Tel Aviv, dans les locaux de la banque Hapoalim, la plus grande du pays. On s’y presse pour entendre « pitcher » les fondateurs d’une dizaine de start-up à visée sociale… Et aussi pour les financer. Ici, on se propose d’aider les insuffisants respiratoires à gérer les pics de pollution grâce au big data ou d’entraîner des bègues à l’orthophonie grâce à une application. Des entreprises innovantes issues du programme d’accélération 8 200 Social Program. 8 200 ? L’unité d’élite de l’armée israélienne, consacrée au renseignement et au décryptage. Elle parraine ces entreprises, mettant à leur service le savoir-faire des anciens membres de l’unité, souvent scientifiques de haut vol.

Un symbole de ce que la conscription obligatoire dans une armée de pointe fait émerger comme talents, les prépare, les forme. Les exemples sont légion. « À 18 ans, les jeunes israéliens sont exposés à l’armée à l’usage des technologies de pointe, à l’exigence, à la discipline. Cela leur donne confiance en eux et crée de l’émulation », résume Uzi Scheffer, qui dirige Sosa, un des accélérateurs les plus en vue de Tel Aviv. Ce service militaire qui rythme la vie des jeunes israéliens n’est que la trame de ce tissu entrepreneurial dense. La chaîne, c’est l’université.

La plus prestigieuse est nichée sur les hauteurs d’Haïfa : des dizaines de bâtiments sur une montagne boisée dominant la Méditerranée. Le Technion abrite 52 centres de recherche et 14 500 étudiants. Il s’enorgueillit de quatre Prix Nobel. 2000 ingénieurs en sortent chaque année. « C’est la colonne vertébrale de notre start-up nation. Peu d’universités dans le monde ont un tel impact sur l’économie d’un pays », se rengorge Boaz Golani, le porte-parole du Technion. L’originalité de cette université, aux financements majoritairement publics, est d’avoir cassé la recherche en silo, pour lancer des programmes ciblés multidisciplinaires. Et de favoriser les transferts de technologie rapide vers le monde de l’industrie.

Des laboratoires du Technion sont ainsi sortis de longues cohortes d’innovations : la plupart des puces d’Intel sont nées ici, comme la mémoire flash, les robots chirurgiens Mazor… Le Technion abrite ses propres accélérateurs, comme Technion Drive, qui accompagne les étudiants via du mentorat et de l’aide à la levée de fonds et les incite à utiliser les équipements publics de recherche pour développer leurs compagnies. Ainsi, dans le laboratoire d’Avi Schröder, professeur d’ingénierie chimique, trois programmes sont déjà financés par le privé. « Nous voulons le plus vite possible faire sortir la technologie de la fac pour l’industrialiser. L’université créée l’innovation initiale, le privé prend le relais. Les fruits de la propriété intellectuelle permettent de nourrir le flux », se félicite Avi Schröder.

Aimant technologique. Cette ébullition a eu des effets inattendus : attirer en masse des entreprises étrangères. 80 des 500 entreprises du classement Fortune 500 ont installé des laboratoires en Israël : Cisco, GE, HP… IBM a ainsi inauguré, à côté du Technion, son plus grand pôle de recherche après son siège. 400 ingénieurs y perfectionnent Watson, le logiciel d’intelligence artificielle, un de ses programmes les plus ambitieux.

Une autre des originalités du modèle israélien est d’avoir un chef d’orchestre pour orienter l’équivalent des 4,3 % du PIB consacrés à la R&D. Il s’appelle Avi Hasson. Son titre fait plus rêver que les bureaux anonymes qu’occupent ses services, non loin de l’aéroport de Tel Aviv. Il est le « Chief scientist » d’Israël depuis 2011, après vingt ans passés dans l’industrie et le capital-risque. « Quand Israël a créé le poste, en 1969, il n’y avait pas de start-up, mais l’intuition qu’il fallait transformer l’économie. La fonction, qui dépend du ministère de l’Économie, a toujours fait consensus politiquement », explique-t-il.

Vivent les éclaboussures ! Son rôle ? « Tout ! Je couvre tous ce qui a trait à l’innovation. L’industrie, la communication, la nourriture, l’énergie, les modes de vie… Tout, sauf la défense. » Sa fonction, large, consiste à mettre de l’huile dans les rouages et fournir à l’écosystème ce dont il a besoin. Des visas facilités pour les chercheurs. Un système de taxes stimulant pour l’investissement (50 % de crédit d’impôt pour l’investissement dans les start-up). Des réglementations favorables à la propriété intellectuelle. Tout. Avi Hasson a aussi sa force de frappe économique : 500 millions de dollars de budget par an. « C’est peu… Mais beaucoup parce que cela nous permet de solvabiliser des projets. Nous sommes généreux avec les projets émergents, donc risqués. » 85 % des ressources sont consacrées à des entreprises de moins de trois ans.

Avec une philosophie optimiste : « Tant pis si un projet échoue. Il faut prendre en compte les « éclaboussures » de l’essai. Ce qu’il a produit en termes de découvertes, talents, sociétés associées est bénéfique au pays. » L’efficacité de son travail, Avi Hasson la quantifie ainsi : « On a désormais en Israël des centaines de compagnies qui réalisent plusieurs millions de dollars de revenus, ce n’était pas le cas il y a dix ans. Ici, les entrepreneurs sont des rock stars. Il y a une reconnaissance sociale pour tous. Pas seulement pour les Zuckerberg. »

Ils ont tout à portée de mains. Le pays, à peine plus peuplé que la région Auvergne-Rhône-Alpes, compte 90 sociétés de capital-risques et 200 business angels ou fonds, 25 incubateurs et 70 accélérateurs. Ces poussinières à start-up, qui n’ont rien à envier à leurs homologues californiennes en termes de mobilier design et cantines gratuites, sont devenues un mode de vie.

Start-up ultraortodoxes. Avec des effets surprenants. Dans la banlieue de Jérusalem, où sont installées de nombreuses sociétés tech, dont la star du moment, Mobileye, rachetée pour près de 5 milliards de dollars par Intel en février, on croise de plus en plus de Juifs ultraorthodoxes en costume traditionnels. « Traditionnellement, ils ne travaillent pas et sont un poids mort terrible pour la société. Ils ont trouvé avec la vague numérique une façon de s’intégrer économiquement en conservant leur mode de vie », note Avi Hasson. Le boom des start-up a aussi eu des effets positifs pour les 20,7 % d’Arabes israéliens que compte le pays. Exclus de la conscription, ils le sont aussi du recrutement de la plupart des entreprises. « Mais le secteur tech a un fantastique potentiel intégrateur. Ils constituent 28 % des étudiants du Technion et le tiers des effectifs du secteur de la tech, ce qui est une excellente nouvelle », se réjouit le Chief scientist.

Pourtant, même dans un univers sans frontière comme l’est la tech israélienne, qui envoie ses ingénieurs sur tous les continents et internationalise ses entreprises, certaines démarcations restent. Les voisins palestiniens sont absents du paysage, des conversations, des plans de développement. « Il n’y a aucune coopération économique, technologique ou académique avec l’Autorité palestinienne. Certains entrepreneurs collaborent avec des Palestiniens, mais sous le radar. C’est une des choses qu’il faudra changer. De la même façon que les entreprises globales ont permis à la start-up nation israélienne d’émerger, en apportant à nos ingénieurs des méthodes et un accès aux marchés mondiaux, il faudra faire de même avec les territoires palestiniens et y investir massivement », conclut Chemi Peres.

SOURCE: L’Opinion, Emmanuelle Ducros

 

 

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