Par Laurence SDIKA

 

Ne dit-on pas dans la tradition hébraïque « Lechana Haba’a bé Yerushalayim », en d’autres termes « L’an prochain à Jérusalem »? Au travers de cette formule toute simple mais non moins empreinte d’une grande solennité transparaît le caractère sacré de la ville dite trois fois sainte.

Etymologiquement parlant, Jérusalem tire ses racines chaldéennes de « Yeru » qui signifie « Ville » et de « Shalem » (« Paix ») dont sont dérivés les mots « Shalom » en hébreu et « Salaam » en arabe…Ce qui n’est pas sans contraster douloureusement avec les enjeux divers qui s’y rattachent, faisant ainsi écho aux conflits qui se nouent autour de la « capitale éternelle d’Israël » proclamée par l’Etat d’Israël et revendiquée également par l’Autorité Palestinienne. La question du statut de Jérusalem demeure évidemment cruciale pour les futurs pourparlers de paix, en dépit des échecs répétés de sommets, rencontres, propositions de partages et autres négociations menées jusqu’ici.
Jérusalem occupe, en effet, une place prépondérante dans le cœur des trois grandes religions monothéistes que sont le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam.

Chronologiquement, pour la religion juive, Jérusalem, cité plus de trois fois millénaire, incarne la mémoire de toute l’histoire juive, au sein de laquelle l’exil, les expulsions et les persécutions sont omniprésents. Selon le Talmud, Jérusalem est issue de l’appellation divine décomposée comme suit : «Yira » (« Voir ») et « Shalem » (« paix »). Jérusalem est donc également la ville « visionnaire », celle au-dessus des conflits qui ne lui ont laissé que peu de répit jusqu’ici, celle qui donne du monde et au monde une dimension transcendée, qu’elle communique à quiconque la visite…Le Talmud enseigne également que Jérusalem était à l’origine de la création et que la ville rayonnait sur le monde, la plaçant ainsi à la fois au centre des cartes géographiques et au cœur des civilisations successives qui ont tenté d’y enrayer la présence juive ancestrale. La mémoire collective juive n’a néanmoins jamais cessé de s’y référer, que ce soit dans sa liturgie quotidienne, dans les moments importants tels que la cérémonie religieuse du mariage au cours de laquelle l’époux prononce le psaume « Si je t’oublie Jérusalem, que ma main droite m’oublie » et brise un verre en souvenir de Jérusalem ou encore lors de la construction d’une maison. Jérusalem est encore la ville des patriarches hébreux (notamment celle du « ligotage » d’Isaac par Abraham sur le mont Moriah), celle du Roi David, celle du Roi Salomon, celle des deux temples détruits, dont l’un a laissé pour vestige et lieu de recueillement le Kotel ou Mur Occidental, également appelé Mur des Lamentations. L’héritage biblique des juifs en Terre promise tire ainsi une importante partie de sa profondeur de Jérusalem.                                     

La basilique du Saint-Sépulcre dans la vieille ville représente, quant à elle, l’un des plus hauts lieux du christianisme, car édifiée – entre 326 et 335 par l’empereur romain Constantin – sur le site où se seraient déroulés des événements aussi majeurs que la crucifixion, l’ensevelissement et la résurrection du Christ.                                             

Enfin, pour les Musulmans, Jérusalem héberge l’esplanade des Mosquées, soit le Dôme du Rocher, qui domine la vieille ville depuis plus de 13 siècles,ainsi que la Mosquée Al-Aqsa. Même si le Coran ne mentionne pas explicitement le nom de la ville, il s’y réfère comme étant le lieu de « la mosquée la plus lointaine » depuis lequel Mahomet aurait effectué son voyage nocturne vers le Trône de Dieu. Après la Mecque et Médine, l’esplanade représente le troisième lieu saint pour l’Islam.

 

 

Située aux confins du désert de Judée, abritant notamment le Mont Sion et le Mont Herzl, évocations importantes pour l’histoire du Sionisme, la ville s’étend sur approximativement 200 km2 pour une population de 789 000 habitants (62% de Juifs, 35% d’arabes musulmans et environ 2% de chrétiens).                               

Jérusalem, dans sa partie « Vieille ville », est divisée en quatre quartiers : juif, chrétien, musulman et arménien. La partie Ouest de la ville, nouvelle et moderne, coexiste, avec plus ou moins de quiétude, avec son flanc Est, laissant ainsi s’exprimer les différentes franges de sa population hétéroclite. Le caractère « cultuel » appuyé de la « cité d’or et de lumière » crée parfois des tensions entre ultra-orthodoxes (harédim) et laïcs, que les sages de la ville s’empressent d’apaiser. D’autant que Jérusalem ne saurait se limiter à ces clivages…

La ville, parée de son aura inégalée, bouillonne également sur les plans scientifique et culturel.                                                                                                      

La société Teva Phamaceuticals, leader mondial en matière de médicaments génériques, y est implantée. Hadassah y a installé ses deux hôpitaux et ses centres de recherche. L’Université Hébraïque de Jérusalem est réputée mondialement pour la qualité de ses travaux et est régulièrement à l’honneur dans les classements internationaux. Einstein et Freud ont même fait partie du Conseil de ses Gouverneurs tandis que certains de ses élèves ont été lauréats de prix Nobel à l’instar, entre autres, d’Avram Hershko (Chimie, 2004), d’Aaron Ciechanover (Chimie, 2004), de Robert J. Aumann (Economie 2005), de Roger D. Kornberg (Chimie, 2006) ou encore d’Ada E. Yonath (Chimie, 2009).

Par ailleurs, Jérusalem, forte de l’initiative BIOJérusalem mise en place par l’Autorité de Développement de la ville, accueille Bioline Innovations, l’unique incubateur israélien dédié aux biotechnologies mais aussi le BioMed Park, soit le premier parc technologique d’Israël consacré aux dispositifs médicaux et aux sociétés biotechs. Au demeurant, l’ensemble du secteur des Sciences de la Vie est largement représenté à Jérusalem via différents autres Parcs technologiques (Malcha, Har Hotzvim, Atarot, Givat Ram ou Givat Shaul). Enfin, Jérusalem est aussi le siège du Mahon Lev et plus largement du Jerusalem College of Technology (JCT), école d’ingénieurs réputée.

L’influence culturelle de la ville est également considérable et s’exprime au travers notamment de l’Ecole des Beaux-Arts de Bezalel ou encore de l’Académie de Musique et de Danse de Jérusalem. Sans oublier évidemment son architecture sans pareil, ses sites historiques et ses monuments emblématiques à l’image de la Knesset (le siège du parlement israélien) ou encore ses festivals du film et des arts du spectacle, ses musées uniques en leur genre ainsi que d’importantes bibliothèques.

Jérusalem l’éternelle, Jérusalem la spirituelle, Jérusalem la multiconfessionnelle, Jérusalem la symbolique, Jérusalem la mythique, Jérusalem la mystique, Jérusalem la bouillonnante, Jérusalem l’accueillante, Jérusalem la solennelle, Jérusalem la culturelle….et inexorablement, Jérusalem multi-facettes…mais ô combien unique !  Si bien que Jérusalem ne s’explique pas, Jérusalem se vit, pour un voyage dans le temps et hors du temps… et de l’intérieur de préférence.

Dossier complet sur Jérusalem à consulter via le magazine Coeur de Ville / Lev’ Haïr, édité par Gabriel Cohen et le Pr. Hagay Sobol:

http://fr.calameo.com/read/00022056697f43e19c8ec