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Avec des milliers de rédacteurs dispersés à travers le monde, des centaines d’articles écrits quotidiennement et un budget de plusieurs millions de dollars, les sites de contenu israéliens FTBpro et Seeking Alpha sont de véritables startups israéliennes, en concurrence avec les plus grands acteurs des médias.

Les sites de contenu israéliens ont souffert d’une longue crise – Google et Facebook s’octroient une large part des budgets publicitaires en ligne, les grandes agences de publicité continuent d’imposer des frais élevés et des journalistes perdent leur emploi. Cette situation affecte de nombreux sites internet en Israël.
A côté des sites israéliens de médias ont grandi en Israël plusieurs sites de contenu d’un genre différent – des sites très bien notés et qui attirent un large public. Seeking Alpha, qui détient un site sur les titres boursiers, et FTBpro sont des sociétés de médias, mais également des startups – avec tout ce que cela implique. Ces deux sociétés ont pour investisseurs des fonds de capital-risque pour des montants estimés à plusieurs dizaines de millions de dollars.
Même si le produit de ces sociétés –du contenu – est très semblable à celui des entreprises de contenu classiques, les deux sociétés n’emploient aucun journaliste et leur contenu est basé sur les dons des internautes. Dans le cas de FTBpro, l’écriture est libre ; SeekingAlpha rémunère les rédacteurs selon certains critères.

Le modèle économique des deux sociétés est essentiellement basé sur la publicité, mais SeekingAlpha, plus ancienne, a démarré avec un modèle de souscription. Toutes deux détiennent également une équipe de rédacteurs, responsables de l’édition et de la publication. Bien qu’elle n’existe que depuis deux ans, la société FTBpro est valorisée à hauteur de plusieurs dizaines de millions de dollars, pour un investissement initial de 7,4 millions de dollars lors du premier tour de table.

L’histoire de FTBpro

Contrairement à la plupart des sites de contenu en Israël, FTBpro ne s’adresse pas aux Israéliens, mais aux fans de football des grands championnats internationaux. Le site de la société est basé sur le contenu généré par ses utilisateurs, les fans de la communauté de la Ligue des Champions, de la Premier League anglaise, de la Liga espagnole, de la Serie A italienne et de la Bundesliga allemande.
Selon le site, 300 nouveaux articles paraissent chaque jour, en anglais, en espagnol, en italien et en allemand, rédigés par quelques 1000 rédacteurs enregistrés : chaque mois, le site attire environ 40 millions de visiteurs. Une application mobile de la société, lancée il y a quelques mois, a déjà atteint les 500 000 téléchargements.
Le site propose aux rédacteurs la possibilité d’utiliser des modèles préformatés et annonçant les résultats des matchs, un player vidéo, un diaporama photo, une présentation des équipes et un classement des joueurs. «Contrairement aux forums de fans, nous présentons aux internautes des informations et des articles atteignant un large auditoire de rédacteurs », explique Asaf Peled, PDG de la société. « Chaque rédacteur est libre d’ajouter une observation ou une note afin d’élever le niveau du contenu, et de le partager sur les réseaux sociaux. A l’heure actuelle, environ 80 % du trafic du site provient des réseaux sociaux. »
La société emploie 30 personnes dans ses bureaux de Neve Tzedek, dont la moitié est engagée dans le développement des plates-formes mobiles et de nouvelles fonctionnalités. D’autres sont engagés dans l’édition du contenu et la gestion multilingue du site. FTBpro bénéficie de la multiplicité des langues parlées par les nouveaux immigrants en Israël, et en tire un avantage concurrentiel : originaires de différents pays, ils rédigent dans leur langue maternelle – anglais, allemand, italien, espagnol ou portugais. Selon la société, pour chaque championnat, on peut trouver sur le site une analyse complète de chaque match peu de temps après le coup de sifflet final.
Certains membres du personnel sont employés dans le cadre de la coopération entre FTBpro et divers programmes encourageant l’immigration. De nombreux rédacteurs sont des étudiants en journalisme sportif, qui essaient ainsi d’exposer leurs talents. D’autres sont d’anciens fans qui tentent de trouver un public pour leurs articles.

Selon Peled, « un des aspects originaux de la plate-forme FTBpro, réside dans le fait que des milliers de producteurs de contenu, dispersés à travers le monde, produisent des centaines d’articles chaque jour dans différentes langues – et couvrent tous les championnats importants du globe ». Mis en valeur par le site, certains rédacteurs peuvent être publiés dans d’autres médias comme le Telegraph, le Daily Mail et MSN UK, avec lesquels la société a signé un accord de coopération.
« Le football couvre un vaste territoire, mais touche assez peu les Etats-Unis. Cette originalité autorise l’émergence de grandes sociétés de média internationales non-américaines », explique Peled. « Aujourd’hui, notre plus grande concurrence est constituée de sites de médias, et nous essayons de créer de plus en plus d’accords de diffusion de contenu avec des sites internationaux »
FTBpro a récemment annoncé la signature d’un accord de coopération avec l’association des entraîneurs britanniques de la Premier League. Dans le cadre de cet accord, des rédacteurs sélectionnés du site pourront conduire des interviews vidéo avec des entraîneurs d’équipes, tels que Jose Mourinho, manager de Chelsea, et Arsène Wenger, manager d’Arsenal.
FTBpro a été créé en 2011 par Peled, Yuval Larom, directeur technique, et Gili Beiman, directeur de gestion des produits et des communautés. Beiman est co-fondateur du site Orange, et ancien directeur concepteur de Dotomi, cédée en 2011 à ValueClick pour 295 millions de dollars.
 
L’histoire de Seeking Alpha

Seeking Alpha, fondée en 2004, exploite un site d’analyse des cotations boursières basée sur plus de 7000 rédacteurs. En plus des analyses écrites (environ 250 articles quotidiens), le site est un centre d’actualités fonctionnant sur un modèle similaire au site TechMeme. A côté des sites comme Yahoo Finance, MarketWatch et Fool.comSiking Alpha est l’un des sites d’analyse boursière les plus populaires aux États-Unis, atteignant récemment le chiffre d’un million d’utilisateurs enregistrés.

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La société a levé 15 millions de dollars, avec la participation de Accel, Benchmark Capital et DAG Ventures. Elle emploie environ 100 employés, dont 80 dans ses bureaux de Raanana. En dehors de ses recettes publicitaires, le site propose désormais un système de souscription par abonnement, permettant l’accès à des fonctionnalités étendues. L’originalité principale du site, qui a contribué à sa popularité comme outil d’aide aux négociants et analystes, est qu’il propose, entre autres, des analyses sur des actions à faible négoce.
Afin de renforcer son originalité, le site offre à ses rédacteurs sélectionnés un salaire proportionnel à la rareté d’analyse des titres. La société a présenté un modèle de rémunération des rédacteurs en janvier 2011 ; en Juillet de la même année, son directeur, David Jackson, a déclaré qu’il prévoyait un budget annuel de 1,2 million de dollars pour les contributeurs.
« Seeking Alpha a créé quelque chose qui n’existait pas auparavant – une plate-forme qui permet aux investisseurs d’exprimer leurs points de vue sur les titres. Le principe de base du site est qu’au moins une partie des acheteurs aient une idée arrêtée sur l’entreprise objet de leurs investissements, et ses réalisations », a déclaré Michael Eisenberg, directeur chez Seeking Alpha, représentant le fond Benchmark Capital qui a investi dans la société.
« Se tourner vers un public de rédacteurs extérieurs permet actuellement d’élargir le contenu et d’offrir un éventail d’options plus général que des sites comme Yahoo! Finance ou The Wall Street Journal », a ajouté Eisenberg. « La question pour moi n’est pas l’origine du contenu, mais son originalité. Un contenu original, ou sa copie – cette question est essentielle à mes yeux. Une autre question est de savoir si vous tirez un avantage en termes de coûts de collecte des informations. La troisième question est quand vous regardez cinq ans en avant, si vous pouvez envisager d’autres sources de revenus, au-delà de la publicité. »
Selon les informations fournies par Quantcast sur le volume de trafic du réseau, environ 2 millions de visiteurs uniques américains visitent chaque mois le site ; celui-ci est classé parmi les 1.000 sites internet les plus importants du pays.
Eisenberg souligne que le nombre de visiteurs n’est pas l’objectif principal de l’entreprise: « Nous ne mesurons pas le trafic. La répartition ciblée des utilisateurs est beaucoup plus importante pour nous. Si nous voulions attirer plus d’internautes, nous pourrions demander aux rédacteurs d’écrire à propos d’Apple. Il nous paraît au contraire plus important que nos rédacteurs offrent un contenu original sur des titres boursiers moins négociés. C’est l’originalité que nous produisons et c’est ce qui attire les connaisseurs. »
Eisenberg souligne l’importance de la création d’un contenu original. « Les actualités du jour sont une marchandise. On doit aujourd’hui être plus axé sur la qualité que sur la quantité. La seule chose qui pourrait être intéressante aujourd’hui dans les sites de contenu, ce sont les opinions et les analyses. Les sites de contenu israéliens sont très parcimonieux à ce sujet. Quant au reste, les nouvelles non analysées ne sont que du rebut – et les entreprises de médias israéliens ont une longue espérance de vie devant elles, en gâtant un public aisé »
Est-il possible de créer en Israël plus de sites dont le pilier central de leur revenu fasse appel à un public international ? Selon Eldar, en dehors de l’innovation technologique en Israël et la multiplicité des langues étrangères parlées dans le pays, Download Valley – la source de revenus principale des éditeurs de logiciels israéliens à fragmentation libre, est basée sur les utilisateurs des moteurs de recherche et peut être une partie importante de celle-ci. « Israël a créé beaucoup d’expertise dans l’afflux de trafic à moindre coût », explique Elder, « Ces capacités peuvent aussi se traduire par une exposition mondiale des sites de contenu. »

 http://www.themarker.com/technation/1.2123733